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Smart City, quelle recette pour réussir ses projets IoT ?


En mai 2020, le projet de Smart City de la ville de Toronto a été abandonné. Lancé par Sidewalk Labs, filiale de Google, et Waterfront Toronto, une agence publique d’urbanisme, ce projet visait à rénover un quartier de Toronto en le rendant plus attractif et durable grâce aux innovations technologiques. Si la conjoncture économique sans précédent a certainement joué un rôle dans cet échec, le principal facteur a été l’hostilité de la population vis-à-vis de la collecte de données.

Cet échec est symptomatique des projets de Smart City et témoigne de la difficulté du passage du cap de la Proof Of Concept (PoC). En effet, depuis le début des années 2000, de nombreuses villes se sont lancées dans la course à la Smart City sans finalement parvenir à concrétiser leur projet.

Cependant, plusieurs municipalités sortent du lot et ont été à la hauteur de leur promesse de rendre leur ville plus intelligente en déployant des solutions innovantes. Quels sont les facteurs clés de leur succès ?

LE DÉFI DE L’INNOVATION AU CŒUR DES VILLES

La densité des villes ne fait qu’augmenter. Pour garantir la qualité du cadre de vie des résidents, il devient nécessaire de repenser les services urbains et d’améliorer la gestion des ressources. En réponse à cette problématique, la Smart City est un concept qui regroupe des techniques d'optimisation visant à rendre les villes plus durables, résilientes et inclusives. Elle permet un développement urbain plus adaptatif en s’appuyant sur l'utilisation des nouvelles technologies et notamment sur l'Internet des objets (IoT). L'IoT est un écosystème de terminaux physiques qui capturent des informations et les transmettent à des systèmes de traitement de données en temps réel, permettant ainsi d’aider à la prise de décision.

Cependant, la Smart City ne se limite pas à l'installation de capteurs et d'interfaces numériques. Il est important d'utiliser la technologie et les données de manière ciblée pour répondre à des problèmes préalablement identifiés par la municipalité. La stratégie IoT doit être alignée sur des objectifs concrets et centrée sur les résidents et les utilisateurs finaux, plutôt que sur la technologie elle-même. Nuterms a distingué deux éléments clés pour faire face à cet enjeu et assurer la réussite du déploiement de projets de Smart City d’envergure : le type de gouvernance mis en place et l’approche adoptée lors de la phase de planification.

UNE GOUVERNANCE UNIQUE, A LA FOIS SPÉCIFIQUE ET PARTICIPATIVE

Il est crucial que la création de la Smart City soit supervisée par une entité de gouvernance compétente pour faciliter le passage de la phase de PoC à la phase d'industrialisation. Lorsque cette responsabilité incombe aux mairies, le projet est rarement performant. La transition vers la phase d’industrialisation nécessite des investissements importants en termes d'intégration, de formation et d'amélioration des processus, ainsi que des capacités techniques conséquentes. Les autorités municipales n'ont ni le temps ni l'expertise nécessaires pour mettre en œuvre un processus si long et complexe.

Plusieurs villes ont ainsi fait le choix de confier leur projet de Smart City à une entité de gouvernance spécifiquement créée dans ce but. En 2014, le gouvernement singapourien a par exemple fondé l’agence « Smart Nation & Digital Government Office » avec pour mission de planifier et piloter sa transformation numérique. De son côté, Vienne a créé la « Smart City Vienna Agency », une unité de coordination centrale qui favorise les liens entre l'administration de la ville, la recherche, les entreprises et l'industrie. Les villes de Chicago, Shanghai et Birmingham ont aussi mis en place des agences similaires.

En parallèle, un projet Smart City sera indéniablement plus performant s’il repose sur une gouvernance participative, transparente et inclusive, impliquant toutes les parties prenantes, y compris et surtout les résidents. En effet, les solutions de la Smart City impliquent souvent des concepts nouveaux, face auxquels les citoyens peuvent se sentir désarmés, ce qui peut être source d’instabilité du projet. Il est donc indispensable de veiller à ce que les solutions introduites puissent être adoptées par la communauté. Une agence de gouvernance spécifique peut faciliter cette transition en prenant en charge l'accompagnement à la transformation, en jouant un rôle de formateur et en incluant davantage les utilisateurs finaux aux processus décisionnels.

UNE PLANIFICATION AXÉE SUR L’UTILITÉ FINALE : LA TECHNOLOGIE COMME UN MOYEN, NON COMME UNE FIN

Les contraintes financières sont parmi les principales limites à la mise en place d’une Smart City. Ce processus implique une myriade d’acteurs privés et publics : mairie, gouvernement, startups, agences d’urbanisme… En conséquence, cela génère un réseau de flux financiers complexes, dont le retour sur investissement est, de surcroît, souvent difficile à estimer. Ainsi, pour assurer la durabilité des projets, il est primordial de maintenir une vision d'ensemble sur les différents projets, de prioriser les investissements, et de prendre en compte les impacts métiers et économiques.

Afin de surmonter ces obstacles financiers, il est bien sûr nécessaire d'avoir une bonne compréhension des coûts d'investissement et d'exploitation impliqués (CAPEX/OPEX), ainsi que de la valeur économique générée (économies ou nouvelles sources de revenus). Mais il est avant tout indispensable de définir des objectifs clairs et mesurables, qui seront évalués régulièrement tout au long du cycle de vie du projet. Là encore, l’approche doit être centrée sur l'humain, en impliquant les résidents et des utilisateurs finaux dès le début du processus : il s’agit de veiller à ce que les investissements dans la technologie soient alignés sur leurs besoins et leurs attentes. Pour limiter les investissements inutiles, il est crucial de mettre en place des solutions qui répondent à des problématiques concrètes et de ne pas se soucier uniquement de la performance technologique.

Le projet de Smart City de Rio de Janeiro démontre bien les limites d'une approche axée sur la technologie. La ville a inauguré en 2010, en partenariat avec IBM, un centre d’opérations conçu pour la prévision des catastrophes climatiques ainsi que pour l’optimisation de la gestion des divers services de la ville. Bien que le centre d’opération de Rio ait été récompensé en 2013 par le congrès mondial Smart City Expo pour sa contribution à la régulation du trafic dans la ville, il a aussi fait l’objet de plusieurs critiques par les résidents. Tout d’abord, il n’exploite qu’une faible part des données collectées et n’aborde pas de nombreux défis clés auxquels la ville est confrontée. Ensuite, il lui est reproché un manque de transparence et d’équité : son périmètre d’activité se concentrerait sur les quartiers les plus aisés. Enfin, l’intégration, la maintenance des technologies et la formation du personnel du centre sont très coûteuses. L’intérêt d’un tel investissement - n’ayant concrètement permis que quelques progrès sur la problématique du trafic routier – est ainsi remis en question.

PREMIÈRES CLÉS POUR IDENTIFIER UN TERRAIN APPROPRIÉ AU PROJET

En conclusion, pour qu’un projet de Smart City soit viable, la création d’une agence de gouvernance spécifiquement dédiée est essentielle pour synchroniser les différents acteurs et faciliter le passage à la phase d'industrialisation. Dès le PoC, un cadre intégrant toutes les contraintes liées aux parties-prenantes doit être fixé. En particulier, les besoins et attentes des résidents et des utilisateurs finaux doivent servir de repères principaux durant tout le cycle de vie du projet et en priorité durant la phase de planification.

En addition des critères évoqués précédemment - et d’un point de vue plus technique – pour permettre le bon déploiement de projets IoT, l'interopérabilité entre les capteurs et les outils de traitement de données est aussi déterminante. Les capteurs doivent pouvoir communiquer entre eux par l’intermédiaire d’un réseau unique (wifi, 5G, LoRa, …) pour garantir un écosystème ouvert, capable de résister aux cyber-attaques. Les objets connectés sont en effet des cibles faciles.



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